Depuis la survenue du terrible drame de Fleurance suivi des interrogations sur le traitement administratif et judiciaire de la situation de Jérôme B., l’USM s’est employée à porter une parole de transparence et de réalisme auprès des médias, que ce soit au niveau national ou local.
Nos interlocuteurs nous opposent le fait que notre parole serait inaudible face à l’horreur des faits et à l’émotion légitime qui en découle. La question est effectivement de savoir si ce drame aurait pu être évité et comment. Mais ce n’est pas parce notre parole serait inaudible qu’elle n’en est pas moins vraie : les moyens de notre institution et les conditions dans lesquelles nous intervenons au quotidien, dans l’urgence et sommés de faire des choix périlleux, sont au cœur du problème.
L’éventuelle responsabilité individuelle ne peut exclure la responsabilité systémique. Ce serait trop facile !
Nous avons entendu le président de la République dire ne pas vouloir entendre parler de la question des moyens et notre ministre affirmer, avant même que l’IGJ ne débute ses investigations sur le terrain, que les fautes commises par les parquetiers étaient « accablantes » et qu’il statuerait au disciplinaire.
Déjà des candidats à la présidence de la République s’engouffrent dans la brèche : l’un d’eux proposant une cour de discipline des magistrats, externalisée du CSM et dans laquelle siègeraient des citoyens tirés au sort, expliquant sans vergogne « qu’en une quinzaine d’années, une seule sanction, en l’occurrence un blâme, a été prise ».
Nous avons également entendu la secrétaire générale d’un autre syndicat de magistrats affirmer vendredi sur LCI qu’il était inaudible et indécent de parler de moyens.
Il nous semble au contraire que le systémique doit être aussi nécessairement interrogé car les magistrats ne sont pas comptables des moyens -et les multiples circulaires n’en sont pas- qui sont les leurs pour accomplir leurs missions. Les moyens n’ont jamais été une revendication corporatiste mais les conditions du droit constitutionnel d’accès au juge.
Nous n’avons pas réagi ce weekend pour ne pas interférer avec les manifestations de soutien aux proches de la famille de Lyhanna mais nous avons adressé ce lundi matin, un courrier au garde des Sceaux (lire ici ou ci-dessous) pour dénoncer fermement le traitement politique de cette affaire exposant cyniquement nos collègues et écrivant par avance les conclusions de l’inspection voire de la procédure disciplinaire.
L’USM, plus que jamais, se tient à vos côtés.

